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Adapei des Hautes-Pyrénées
Adapei des Hautes-Pyrénées

Zoom professionnel Laure NADAL

Zoom professionnel Laure NADAL

Rencontre avec Laure Nadal
Educatrice Spécialisée
Référente dans l’accompagnement des enfants autistes
Pôle Enfance

> Bonjour, d’où êtes-vous originaire et quel a été votre parcours avant d’arriver à l’Adapei ?
Je suis originaire de Carcassonne et j’ai construit ma vie de famille avec mon mari et mes enfants sur Lourdes. J’ai eu mon diplôme jeune mais je n’ai pas travaillé tout de suite. J’ai eu des expériences dans le bénévolat et j’ai choisi de m’occuper de mes enfants avant d’exercer mon métier.
Puis, en 2000, j’ai décidé de commencer à travailler en  tant qu’éducatrice spécialisée. J’ai fait des remplacements dans différents secteurs, notamment dans des foyers de l’enfance.

Quand j’ai commencé mes remplacements à l’Adapei j’ai compris que c’était le public et la structure qui me correspondaient vraiment. Après deux ans de remplacements j’ai été embauchée, et à temps plein depuis 2006.

>Vous avez rapidement été spécialisée dans l’autisme. Pouvez-vous décrire votre parcours dans ce secteur ?
Lorsque je suis arrivée, on m’a rapidement confié des enfants avec d’importants troubles du comportement, des problématiques sévères. Je me suis investie dans l’accompagnement de ces jeunes. Et quand l’IME a ouvert en 2006 un établissement expérimental spécialisé sur l’autisme et sur les troubles du comportement, j’ai été embauchée dans cette 1ère équipe qui allait tester ces nouvelles avancées d’accompagnement. L’Adapei m’a permis de passer plusieurs formations spécifiques (DU Autisme Universitaire, outils de communication, méthodes d’enseignement …).
C’était une période où l’Association souhaitait avancer et évoluer dans l’accompagnement sur l’autisme. On sortait d’une époque avec une prise en charge à visée psychiatrique pour aller vers un accompagnement plus éducatif avec des découvertes sur l’autisme, ses origines, ses nouveaux outils d’accompagnement… L’Adapei a fait le choix  de prendre ce virage et s’est mise à niveau sur ses connaissances dans ce secteur.

Je suis arrivé à ce moment-là et je me suis investie pleinement.

Après cette petite expérience positive sur l’unité expérimentale d’Ossun, pendant 2/3 ans, l’Adapei a ouvert à Azereix l’IME TED pour accueillir des enfants porteurs d’autisme avec du personnel formé, et la mise en place de nouveaux outils adaptés. En parallèle, des parents se sont regroupés pour créer un collectif, Autisme 65 et ensemble, avec l’Adapei, ils ont travaillé pour améliorer la prise en charge des enfants autistes. Et c’est vrai, nous avons vu les enfants progresser dans leur quotidien, et reprendre pour certains le chemin de l’inclusion scolaire adaptée.
Puis au bout de quelques années, l’Adapei a souhaité regrouper les enfants autistes et les enfants avec d’autres problématiques, en se disant que chacun apporterait à l’autre des compétences (en termes de communication, d’échanges pour certains et de structuration du temps, d’organisation pour d’autres).
Ensuite, l’Adapei a fait le choix de former tous les salariés (Autisme Niveau1) pour que tout le monde soit sensibilisé au monde de l’autisme.
Aujourd’hui tous les publics évoluent ensemble tout en gardant un accompagnement spécifique à l’autisme au milieu des autres.
Au sein de l’Adapei, une unité spécifique a été créée : le Pôle Ressource Autisme, où des professionnels sont repérés comme des spécialistes de l’autisme (psychologue, psychomotricienne, éducateur…). Tous les ans, cette équipe forme et transmet des connaissances aux nouveaux arrivants, partenaires et aux familles. Elle réalise des sensibilisations à l’autisme dans les écoles où il y a des inclusions scolaires, auprès des enseignants, des AVS.

>Aujourd’hui une partie de votre temps est consacrée à l’évaluation. Comment expliquez-vous cette spécificité dans vos missions d’éducateur spécialisé ?
Quand on travaille dans l’autisme, on baigne dans une culture d’évaluation. L’éducateur va devoir organiser les activités de l’enfant, anticiper ce qu’il veut lui apprendre, le planifier. Nous sommes dans une démarche d’évaluation. Où en est l’enfant ? Qu’est-ce qu’on va lui apporter ? Comment ? Est-ce que ça a marché ? Il faut toujours se remettre en question. Si ça n’a pas marché, pourquoi ? Qu’est qu’on doit modifier ? Nous savons aussi que les enfants autistes ont du mal à généraliser. Ce qu’ils font dans un lieu avec un éducateur, ils ne vont pas forcement le refaire à la maison. Donc il y a cette culture d’évaluer l’enfant dans différents domaines pour l’aider à progresser.
Ce système d’évaluation est très important avec les enfants autistes pour suivre leur progression pas à pas dans les domaines de l’autonomie, l’épanouissement et la communication.

Pour ma part, mon expérience m’a permis d’accompagner les psychologues dans leurs évaluations. Chaque psychologue suit une quarantaine d’enfants et doit mener ces évaluations tous les deux ans et faire un suivi. Pour différents tests, les éducateurs ont la possibilité d’être formés à passer ces évaluations. On m’a proposé d’être formée à un test qui s’appelle le PEP, test très éducatif que l’on passe aux enfants autistes de moins de 12 ans. On va tester sa faculté d’imitation, d’interaction, de compréhension des situations, quelle est son autonomie dans les actes du quotidien…  C’est un test très ludique, très concret et très éducatif. J’ai donc été formée à cette évaluation. On m’a dégagé une après-midi par semaine pour mener ces tests à l’IME, en partenariat avec la psychologue qui mène d’autres tests en complément et effectue l’évaluation finale.

Cette année, j’ai bénéficié d’une nouvelle formation pour réaliser des évaluations auprès des adolescents. Et maintenant je vais pouvoir engager des évaluations avec la psychologue des adolescents, plus axées sur les apprentissages préprofessionnels.
En tant qu’éducateur spécialisé nous apportons des idées de préconisations, d’activités concrètes, ce qui enrichit l’évaluation aussi. J’apprécie énormément de pouvoir participer à ces évaluations qui replacent l’enfant ou l’adolescent au centre des actions éducatives et redonnent du sens aux projets d’accompagnement en mobilisant tous les intervenants, et la famille.
Cette année je consacre trois après-midis par semaine à la réalisation de ces tests.

>Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite se lancer dans ce métier ?
Il y a un pilier très important à respecter dans ce métier : mettre la personne que l’on va accompagner au centre.
Il faut oser travailler en équipe pour croiser les regards, on s’enrichit les uns les autres et ceci dans une éthique de bientraitance.
La culture de la bientraitance est primordiale dans le fonctionnement de l’éducateur.
De plus, mon parcours montre bien que nous n’avons jamais fini d’apprendre. Il faut toujours se questionner et ne pas rester sur des certitudes. Il parait qu’on dit que tous les sept ans il faut oser bouger, changer de postes, de projet pour toujours se relancer et ne pas rester cloisonné dans des routines, des habitudes.

>Quelles sont pour vous les qualités indispensables pour être éducateur spécialisé aujourd’hui ?
Il faut avoir le sens du service, le sens de l’autre. Le cœur du métier c’est que nous sommes là pour aider les autres. C’est ce qui nous tient. Il faut avoir une empathie pour la personne, de grandes qualités humaines. Il faut de l’enthousiasme pour donner envie aux personnes accompagnées d’avancer. De l’humilité aussi car nous ne sommes pas tout puissant, ni parfait.
Il faut savoir se remettre en question. On fait avec ce qu’on est avec notre histoire et avec celle des autres. On donne et on reçoit.


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